Anita
Molinero est sculpteur. Elle travaille le carton, les mousses
synthétiques et le polystyrène, plus récemment des poubelles, ou des éléments de
mobilier urbain en résine et en plastique. A partir de ces matériaux communs,
aux couleurs criardes et sans valeur esthétique, elle développe depuis les
années 80 une œuvre où le geste, puissant et économe, exalte de manière
surprenante la matérialité d’environnements pourtant banals et familiers. Littéralement,
Anita Molinero
s’affronte aux matériaux, dans un corps à corps acharné, intuitif et brutal,
avec force découpages et lacérations, martelage, brûlures et fusions. Elle les violente
et les dégrade, interroge leur résistance. Et dans le rapport silencieux des
formes à l’espace, elle convie le spectateur à un spectacle bruyant et coloré
de trophées industriels aux allures d’apocalypse, de paysages somptueux, autant
urbains qu’organiques. Point de critique sociale, pourtant, dans ce travail,
mais seulement une recherche de tension entre forme et informe, entre réalisme
et expressivité, dans une audacieuse esthétique du rebut, du trou et de la coulure. Pour
l’exposition Ultime caillou, Anita Molinero présentera
de nouvelles sculptures, expérience d’un nouveau matériau et renouvellement du
rapport au corps et au paysage.
Les Frac ont mission de diffuser leur collection auprès de
publics diversifiés en même temps que de mener un travail de sensibilisation à
l’art contemporain. En 2008, face à une demande croissante de prêt
et pour aider les emprunteurs dans leur approche de sa collection, le Frac Alsace a mis en place le
dispositif « Expomobiles » : une sélection de neuf ensembles
d’œuvres regroupées par affinités thématiques, conçus comme des expositions temporaires autonomes, adaptables à une
grande diversité d’espaces et à des projets culturels variés.
Toute démarche de sensibilisation interroge la responsabilité,
ici celle de l’institution, à énoncer des discours sur l’art, de différentes
natures – de vulgarisation, scientifiques, pédagogiques… –, et la valeur de ces
discours face à l’œuvre. Les discours véhiculent des clés de lecture, de ces
clés ardemment réclamées, parce qu’incontournables pour la compréhension de
l’œuvre, quand parfois l’intuition et le regard suffiraient presque. Comment
donner accès aux potentiels de savoir et d’expérience d’une œuvre, qui par
essence procède d’une pensée transversale et paradoxale ?
Dans
le paysage de l’art
contemporain français (et bientôt international), Raphaël Zarka en est
rapidement venu à occuper une place singulière. Pour lui, nulle posture ni
attitude, nulle invention. Raphaël
Zarka est un curieux, une figure de l’artiste en
collectionneur. Il a fait sa devise d’une phrase de Borges : « C’est
presque insulter les formes du monde de penser que nous pouvons inventer
quelque chose ou que nous ayons même besoin d’inventer quoi que ce soit ».
Ainsi, son œuvre est un exercice de recherche de formes ou de gestes, donnés
pour être de purs produits conjoncturels d’un faire et d’un contexte au moment
de leur découverte, et qui se révèlent être des resurgissements ou des
réapparitions d’autres artefacts culturels. En pointant la récurrence paradoxale
des formes dans des temps et des espaces non relationnels, il révèle des pans
cachés de la mémoire collective et opère des rapprochements entre les champs du
savoir et de la pensée, de la philosophie à la science à l’art. En se
réappropriant les formes, comme autant d’états disponibles d’être du monde, Raphaël Zarka les
modélise, les réanime, et donne à penser la nature fondamentalement culturelle
de l’interprétation.