OLGA MESA
Chorégraphe et artiste visuelle, Olga Mesa est une des figures de la nouvelle
danse contemporaine espagnole. Depuis les années 90, sa recherche d’une
écriture du corps à la fois personnelle et renouvelée l’engage à affirmer la
part de l’intime dans la représentation, par une construction alliant l’expression
et la perception. Installée depuis 2005 à Strasbourg, où elle est accueillie en
résidence à Pôle Sud, elle développe intensivement un travail à caractère
expérimental, délibérément à la lisière de la danse, de la performance et des
arts plastiques. Elle a fait de la caméra une complice grâce à laquelle elle
conjugue l’expérience de l’espace et la question du regard, prolongeant le
corps d’un outil de vision qui la fait devenir simultanément sujet et objet de
ses créations. L’image est l’outil d’une mise à distance par laquelle Olga Mesa
cherche à dévoiler une mémoire du corps, à donner à penser et à percevoir le
monde par son intermédiaire, à interroger la place du spectateur. Cette
démarche sensible et conceptuelle traduit un besoin urgent d’une nouvelle
politique du corps, qui se réapproprie par l’expérience et dans un esprit de
bricolage les expérimentations théoriques sur l’espace-temps à l’ère des
nouveaux médias, menées par les artistes pionniers de l’art visuel des années
60 et 70.
LABOFILM
labOfilm est un projet dont le premier chapitre, El lamento de
Blancanieves (La lamentation de Blanche-Neige), créé en 2011, est une
performance en même temps qu’une expérience de montage cinématographique. Dans
un jeu de caméras simultanément objectif et subjectif, deux
danseuses-interprètes produisent un film où caméra et mouvement traduisent la
relation du corps au monde, à la réalité et à la fiction, au visible et à
l’invisible, à la mémoire individuelle et collective. Ici, la danse n’est pas
une écriture du corps dans l’espace mais la performance d’un corps devenu
opérateur. Le projet labOfilm se situe au croisement du « dramolet »
théatral Blanche-Neige, de l’écrivain suisse Robert Walser, et du film
qu’en a réalisé le réalisateur portugais João César Monteiro en 2000, objet
cinématographique paradoxal s’il en est, où les images ont cédé l’espace à un
plan fixe noir et au seul texte. Bien au-delà de la simplification qu’en a
donné Walt Disney, cette Blanche-Neige-là est le personnage central, poétique
et poignant, du drame d’un être basculé dans la vie, où l’épaisseur et
l’instabilité essentielle des êtres traduit une fondamentale absence de
certitude. Dans labOfilm, le corps est le vocabulaire d’un langage
cinématographique et labyrinthique.
LE TEMPS
RÉEL DU PROCESSUS DE CRÉATION
labOfilm a été amorcé en 2007 et se construit depuis 2009 de résidence
en résidence, entre l’Espagne, le Portugal et la France. Chaque lieu
d’accueil met ses moyens et ses spécificités à la disposition d’Olga Mesa et de
sa compagnie, qui y développent les axes les plus adaptés du projet. Au Frac
Alsace, ils approfondiront leur réflexion sur le dispositif de la performance,
l’articulation entre champs et hors-champs dans l’image et le plan lumière.
Ainsi, accueillir un artiste en résidence, c’est présenter un processus en
cours plutôt que présenter une œuvre aboutie, c’est rendre perceptibles les
étapes, les gestes et le temps de la création, c’est encourager le public à une
démarche active plutôt que contemplative. Aujourd’hui, en réaction à une époque
de marchandisation et de formatage, de nombreux artistes développent des œuvres
évolutives ou inachevées, invitant ainsi les espaces de diffusion à repenser la
forme et les fondamentaux de l’exposition.
À PROJET
SPÉCIAL, DISPOSITIF SPÉCIAL!
Si accueillir une résidence en guise d’exposition, c’est suivre une démarche en
cheminement, l’enjeu posé au lieu d’accueil est la manière de rendre compte du
travail de l’artiste avec honnêteté, sans mascarade ni spectacle ni
instrumentalisation. Pour l’accueil d’Olga Mesa et de sa compagnie, le Frac
Alsace invite le public à venir découvrir et comprendre le cheminement, les
sources d’inspiration, les émotions et les questionnements de l’artiste. À
projet spécial, dispositif spécial… C’est au sein de l’espace Scènes d'Alsace,
plateau de répétition mis à disposition par l’Agence culturelle d’Alsace, que
prendra fin cette résidence, offrant ainsi à l’équipe artistique des conditions
de création optimales. Enfin, le Frac Alsace et Olga Mesaont préparé
ensemble un programme de rendez-vous à l’intention du public autour de moments
de visibilité sur sa recherche, au Frac et hors-les-murs, à Sélestat et dans
toute l’Alsace : projections de films, discussions avec
l’artiste, conférence sur l’art vidéo par Françoise Parfait, sélection
par Olga Mesa d’œuvres de la collection du Frac Alsace, rencontre avec
le philosophe Jean-Luc Nancy…
:: En savoir + sur les
rendez-vous de labOfilm
LE FRAC ALSACE A LA CROISÉE DES DISCIPLINES ARTISTIQUES
Depuis 2006, à l’heure d’un mélange des genres artistiques et d’un éclectisme
des pratiques, le Frac Alsace a installé son projet artistique à la croisée des
disciplines. Les questions du corps et de l’expérience constituent des critères
de sélection pour les œuvres qui entrent dans la collection, mais aussi pour
les expositions présentées à Sélestat et les manifestations hors-les-murs.

AVANT-PREMIÈRE : DIMANCHE 22 MAI AU FRAC ALSACE
Depuis 2008, le Frac Alsace est partenaire du festival Nouvelles /
Danse-Performance organisé par Pôle Sud (Strasbourg). C'est dans ce cadre
que sera présentée une avant-première exceptionnelle du projet d'Olga Mesa
labOfilm #1 / El lamento de Blancanieves à l'occasion d'« Une journée
particulière », programmation satellite du festival à Sélestat.
:: Renseignements et réservations : www.pole-sud.fr
Olivier Grasser
Directeur du Frac Alsace

