
L’exposition de Pierre Filliquet au LAC fait suite à un accueil en résidence au sein de la Cité Scolaire de Sainte-Marie-aux-Mines, du 15 mars au 10 mai 2011, dans le cadre du programme « Écritures de lumières » du Ministère de la Culture et de la Communication. Résidence puis exposition constituent un développement singulier du partenariat que le LAC et le Frac Alsace ont engagé depuis trois années.
Pierre Filliquet est photographe mais aussi dessinateur et vidéaste, dans une approche du sujet à la fois documentaire et esthétique. Il est profondément engagé dans un travail de représentation du paysage, mais souvent envisagé sous l’angle de la vanité. La construction rigoureuse de l’image et la maîtrise de la lumière sont les moyens d’une interrogation métaphysique du temps et de la mémoire, de l’usure et de la ruine, de l’entropie et de la disparition.

L’ensemble de ce projet a permis à Pierre Filliquet de construire avec le territoire de Sainte-Marie-aux-Mines et les élèves de la cité scolaire une relation nourrie d’échange et d’intérêt. Dans le cadre d’un programme pédagogique spécialement mis en place, les élèves ont pu partager avec l’artiste des moments de réflexion et de création, un apprentissage des techniques et de la pratique photographiques, tout en portant un regard sensible sur leur territoire.
Les œuvres présentées dans cette exposition retracent les deux mois de séjour de l’artiste à Sainte-Marie-aux-Mines. Elles ont été réalisées dans la continuité de son travail photographique antérieur, dont quelques tirages plus anciens seront également exposés ainsi que des travaux réalisés par des élèves.

Pierre Filliquet a cherché à y retranscrire quelque chose des rapports ambigus et parfois conflictuels qu’entretiennent l’homme et la nature, et que Sainte-Marie-aux-Mines a pu lui évoquer : renommée passée des mines d’argent creusées à même les failles de la montagne, mines aujourd’hui devenues des attractions touristiques, forêts touchées par les pluies acides, traces de la tempête de 1999… Le passé des habitants est fait de nombreuses et fortes fluctuations économiques, les périodes fastes étant inexorablement suivies d'une disparition de la richesse. Ainsi, un regard qui tente de lier le passé et le présent ne peut que trouver ici les traces d'un monde en mouvement, bien moins stable que l'on aimerait le croire, toujours au bord d’une forme de précarité. Si l'exposition avait dû avoir un titre, il aurait été :
Lignes de fractures.
« J’ai compris en fin de compte que le sol sur lequel nous marchons était relié au noyau de la terre, et que ce noyau avait aspiré une invraisemblable quantité de temps. »
Haruki Murakami, Saules aveugles et femmes endormies, coll. 10/18 p. 60