Après six courts-métrages et la place de finaliste du Prix Junior de Meilleur Scénario pour Les Lumières mortes en 2005 et Affects en 2006, la fratrie Du Potet s’attaque au long-métrage avec Dans ton sommeil. Un film de genre qui cherche la nuance entre horreur et thriller.
Depuis la mort tragique de son fils, Sarah, infirmière de 45 ans, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Son couple a cédé sous le drame. Elle vit maintenant seule, perdue en pleine campagne. Une nuit, elle renverse en voiture le jeune Arthur, de l’âge de son défunt fils. Elle décide alors de l’emmener chez elle afin de le soigner. Mais voilà que sur la route ils sont pris en chasse par un break, qui poursuivra ses attaques jusqu’à la maison de Sarah pour tuer Arthur. Les deux agressés tentent alors d’échapper tant bien que mal à l’homme au break. Mais le danger vient-il vraiment de lui ?
Bande-annonce et des vidéos sont disponibles sur le site officiel du film
Anne Parillaud est Sarah, une femme blessée au charme discret. L’accident qu’elle cause à Arthur permettra à la mère qui est en elle d’exprimer une affection voilée depuis la mort de son fils. Arthur, ce fils de substitution, est incarné par le jeune Arthur Dupont. Déjà victime en 2006 dans Chacun sa nuit de Jean-Marc Barr et Pascal Arnold, il livre ici une belle performance d’acteur, passant d’un regard du personnage ambigu à la proie apeurée. Il est la cible de Thierry Fremont, alias l’homme au Break, un père assoiffé de vengeance. Enfin, Jean-Hugues Anglade fait une apparition dans le rôle d’Alain, le mari de Sarah.
Comme dans leurs précédentes réalisations, Caroline et Eric Du Potet cherchent à développer les thèmes de l’innocence perdue et de la famille brisée. Ce film qu’ils qualifient de « thriller horrifique » est moins une histoire de survie que celle d’un amour maternel éperdu. Reposant à la fois sur l’angoisse et sur l’hémoglobine, le film respecte les codes du genre et les bouscule tout à la fois.
Frère et sœur ont voulu ce premier long-métrage oppressant. Ils se jouent de nos frayeurs enfantines par un rythme irrégulier qui laisse croire à d’illusoires répits.
Le choix assumé d’un nombre restreint de décors et de personnages et d’un scénario minimaliste leur a laissé la latitude nécessaire à une réalisation soignée. C’est surtout la psychologie des personnages et les relations qu’ils tissent que les réalisateurs ont choisi d’approfondir plus que d’ordinaire dans le genre.
Ainsi les protagonistes se révèlent là où on ne les attend pas : le méchant est un père qui veut se venger de sa souffrance, la victime, un individu dangereux et l’héroïne, une meurtrière. Des contrastes traduits dans la façon même de filmer chaque personnage : la brutalité de l’homme au break est inscrite dans les mouvements brusques d’une caméra épaule, tandis qu’un steadycam souligne l’aspect fantomatique d’Arthur. C’est d’ailleurs pour permettre aux spectateurs de mieux se pencher sur les apparences que le métrage risque une structure décalée où les révélations surgissent en plein milieu de l’intrigue.
Pour la maison de Sarah, isolée dans une végétation dense, c’est une ancienne ferme de Wasselonne qui a été choisie. Les scènes extérieures ont été tournées, principalement de nuit, sur les routes départementales des environs de Kogenheim. Enfin, l’hôpital civil de Strasbourg est devenu à l’écran le lieu de travail de Sarah.

Sortie nationale :
le 24 mars 2010
Présenté, hors compétition, en séance d’ouverture du festival du film fantastique de Gérardmer.
En sélection officiel pour le Gran Stocker International Film Festival et le Festival du Film Français de Los Angeles.